Forum du Centre-ville 2009

Quel avenir pour les services de proximité à St Jean de Braye et dans l'est orléanais?

19 novembre 2009 - La santé au quotidien

Préambule

La soirée a rassemblé 21 personnes, élus, professionnels de santé, militants associatifs ou syndicaux, usagers des services de santé.

Il ne s'agissait pas, pour l'Association du Centre-Ville, de prendre la tête d'un groupe de travail sur la santé au quotiden, nous n'en avons ni la compétence ni les moyens, mais d'alerter nos concitoyens sur la réalité des problèmes que nous allons devoir affronter collectivement, et de susciter si possible la constitution d'un groupe de travail sur ce sujet par les instances municipales et professionnelles.

Dans ce but, nous avons établi un questionnaire destiné aux usagers et déposé dans des endroits sensibles, et un cadre d'interview de professionnels. 30 questionnaires usagers on été remplis, et 12 professionnels ont été interrogés. Ce n'est évidemment pas un sondage, mais simplement le recueil d'éléments pour nourrir notre réflexion commune.

Le constat

Notre démarche s'inscrit malheureusement dans l'actualité: le départ, annoncé mais à une date toujours incertaine, de la Polyclinique des Longues Allées au profit d'un regroupement de grande taille à Saran (500 lits), la fermeture programmée des petits centres de soins, jugés trop peu "productifs", et le diagnostic du manque de médecins géné-ralistes, notamment dans le département du Loiret, ou la révélation des dangers du stress au travail. Quel peut être dans ce contexte le rôle spécifique d'une structure de proximité?

Ce que disent les usagers

La quasi-totalité des usagers qui ont répondu au questionnaire connaît la Polyclinique, pour y avoir été en consultation, en hospita-lisation ou en soins. et la quasi totalité regrette, souvent violemment, le départ de la clinique, Malheureusement, c'est il y a plusieurs années qu'il aurait fallu s'en préoccuper,

Que trouvent actuellement les usagers à la clinique? d'abord des spécialistes-consultants, les plus souvent cités étant les ophtalmolo-gistes, des spécialistes avant examens ou interventions, cardiologues, gastro-entérologues, chirurgiens, anesthésistes, le laboratoire et la radio. Ensuite une hospitalisation proche de chez eux. Enfin SOS Main et des soins spécifiques comme l'aqua-kinésithérapie.

Que redoutent-ils d'un transfert de la clinique à Saran? Evidemment, l'allongement des déplacements, et la difficulté pour s'y rendre par les transports en commun, ce qui gênera à la fois le personnel résidant à St Jean de Braye , et les patients, surtout ceux qui ont besoin d'un suivi régulier ou de soins fréquents (rééducation par exemple).

Par ailleurs, presque tous les usagers ont un "médecin référent", en général proche de leur domicile, mais l'antenne de la CPAM est très peu fréquentée, depuis qu'elle a été réduite à 2 jours par semaine (dont deux matinées seulement sans rendez-vous), ce qui montre qu'il y a un seuil critique pour qu'un service soit effectivement utilisé.

Sur les actions liées à la prévention ou à l'éducation à la santé, la diversité des réponses montre surtout que chacun se débrouille comme il peut.

Ce que disent les professionnels

Les réponses des professionnels interviewés montrent à la fois que leur pratique sera en général peu modifiée par le transfert de la clinque, mais que ceci masque un problème beaucoup plus alarmant, celui du manque de médecins généralistes, même à St Jean de Braye, ceux qui partent en retraite n'étant pas remplacés. Et dans le meilleur des cas, résorber ce déficit demandera au moins huit à dix ans, temps nécessaire à la formation de nouveaux médecins en nombre suffisant. Un signe: un nouvel arrivant ne peut plus trouver un médecin-référent à St Jean de Braye --ils sont submergés-- et doit en rechercher un ailleurs.

Conséquence: les médecins sont obligés de se concentrer sur ce qui est la base de leur métier, le diagnostic et la prescription, tout ce qui est éducation à la santé, ou prévention, voire écoute ou simple information, étant accompli (ou pas) par d'autres professionnels de santé ou d'autres structures à vocation sociale.

Or, précisément, il apparaît un besoin d'écoute, voire de savoir simplement où frapper, et de détection des malaises dus à l'environ-nement, au mode de vie ou à l'activité, ce dont le stress au travail est l'il-lustration, qui va de pair avec une dégradation de la médecine du travail.

Un autre problème, soulevé par le transfert de la clinique, est la différence entre le statut des cliniques et de l'hôpital public, que connaissent bien ceux qui n'ont pas et ne peuvent pas avoir de mutuelle (les sans papiers par exemple). Dans le cas de l'agglomération orléanaise, on nous dit qu'un regroupement des cliniques au nord de l'Agglo sera le pendant de l'hôpital au sud? Ce n'est pas vrai, notamment sur le plan financier, le coût pour les patients ou leur mutuelle quand ils en ont, mais aussi par le nombre de lits : 500 lits au nord pour les deux tiers de la population, plus de 1000 au sud pour un tiers de la population. Où serons-nous envoyés?...

A travers les divers interviews réalisées, apparaissent la nécessité d'une vision globale des problèmes de santé, (la chaîne des interve-nants, mais aussi les institutions d'éducation populaire et la respon-sabilité personnelle de chacun d'entre nous), l'impact de la politique de santé poursuivie par l'Etat, que nous ne maîtrisons pas, et l'utilité d'un échelon local, notamment axé sur les problèmes de prévention et d'écoute, sous la forme d'un lieu ou au moins d'un réseau. Qui relierait le médical et le médico-social, ce qui était une des ambitions du Centre communal de promotion de la santé (CCPS), et des centres sociaux en ce qui concerne au moins la PMI (protection maternelle et infantile)

Le débat

Plusieurs thèmes ont été repris et approfondis par les participants:

Des propositions

Au-delà des solutions à un problème ponctuel (les maisons médicales du week-end), des propositions multiples peuvent être faites, qui ont en commun d'être pluri-disciplinaires.

La plus simple serait la création d'un réseau interprofessionnel (qui pourrait s'ancrer sur une maison médicale), mais elle ne répondrait pas aux problèmes liés à l'éducation à la santé.

Ce pourrait être la mission essentielle d'un nouveau CCPS (Centre de promotion de la santé), d'effectuer concrètement la liaison entre struc-tures professionnelles et centres sociaux, associations d'éducation populaire, sportifs, établissements scolaires, à travers un lieu d'écoute et des campagnes d'information et de prévention, des stages, etc. Pour intervenir efficacement, le CCPS devrait rassembler une équipe pluri-disciplinaire autour d'un médecin.

La présence de bientôt deux maisons de retraite et de plusieurs établissement accueillants des handicapés, pourraient aussi favoriser le regroupement de professions para-médicales, kinés, nutritionnistes, podologues, comme cela existe à Olivet , à côté de la maison des Buis-sonnets….pourquoi pas à la place de la Clinique des Longues allées ?

Un type d'équipements plus lourd, comme les maisons de santé pluridisciplinaires , exigerait sans doute que des mutuelles ayant conservé l'esprit mutualiste s'y intéressent.

Tout cela oblige d'abord à mieux cerner les besoins. Ce pourrait être la première tâche d'un groupe de travail permanent que nous appelons de nos vœux, associant municipalité, professionnels de santé, centres sociaux, associations comme la SMOC, et personnes compétentes.